Anna Romano
community
Bridge City L’importance cruciale des occupations temporaires pour les artistes dans un milieu urbain tel Bruxelles. Dans le paysage urbain dense et en perpétuelle mutation d’une ville comme Bruxelles, où la pression immobilière est forte et les espaces dédiés à la création artistique rares et onéreux, l’occupation temporaire est un phénomène essentiel, un poumon vital tant pour la scène artistique que pour l’artisanat et le micro sociétés autre que constituer un terreau solidaire indispensable qui permet le partage de skills et moyens. Ces occupations offrent une solution de survie et de résilience : elles permettent à des artistes, des artisans, des collectifs émergents ou confirmés, d’accéder à des volumes spacieux, à une lumière naturelle et à une liberté d’usage qui seraient autrement financièrement inaccessibles.
Ces lieux deviennent des sanctuaires de production, où la peinture, la sculpture, la performance ou la conception numérique peuvent voir le jour sans le poids d’un loyer exorbitant préservant ainsi la diversité et la vivacité de la création en ville et empêchant son expulsion vers les marges par la seule logique économique. Mais c’est surtout dans la dimension communautaire que réside la grande richesse de ces expériences : la précarité même du bail et la nécessité de gérer ensemble les défis du lieu (sécurité, chauffage, administration) tissent des liens puissants et une communauté organique naît de cette cohabitation entre forcée et choisie. Les cloisons entre disciplines artistiques deviennent poreuses et les portes ouvertes, les vernissages informels, les apéritifs partagés et les projets collaboratifs naissent spontanément. On s’échange des contacts, des conseils techniques, on se prête du matériel, on discute de ses doutes et de ses réussites. Cette solidarité pratique et intellectuelle constitue un filet de sécurité face aux incertitudes de la vie d’artiste. Elle rompt l’isolement souvent associé au travail en atelier et recrée les conditions des anciens “villages d’artistes”, mais dans une forme contemporaine, nomade et adaptée à notre ville. Ces espaces éphémères fonctionnent comme des laboratoires sociaux et culturels. Ils réinjectent de la vie, de la curiosité et de l’expérimentation dans des quartiers parfois en sommeil. Ils démontrent qu’une valeur immatérielle immense – celle de la création, du lien et de l’innovation – peut précéder et inspirer la valeur marchande future d’un lieu. Ils rappellent que la ville n’est pas seulement une accumulation de transactions, mais aussi un écosystème où l’imagination a besoin d’espace pour respirer. A Bruxelles, comme dans de nombreuses villes, les occupations temporaires sont bien plus qu’un pis-aller mais un modèle alternatif et nécessaire de gestion du patrimoine bâti en transition. Elles garantissent la pérennité d’une création artistique diverse et ancrée localement, tout en cultivant une communauté soudée par l’échange, l’entraide et une vision partagée de l’urbanité. Protéger et faciliter ces expériences, c’est investir dans le capital humain et créatif qui donne à une ville son âme, son dynamisme et sa capacité permanente à se réinventer. Bridge city a été et reste tout ça pour moi, d’abord en tant que personne puis en tant que meutteure en scène. Une occasion puissante de création, d’échanges, de entraide humain, artistique, technique, pratique… Alors que au début il s’agissait d’un lieu à l’abandon, ravagé par les actes de vandalisme, sans point d’eau, aux toilettes hors service, moitié décharge, moitié squat, aujourd’hui Bridge City est une communauté créative, solide et solidaire qu’il faudrait non seulement remercier pour son influence positive sur cette partie assez critique du quartier, mais carrément protéger pour que ses activités puissent culturellement soutenir tant les habitants de la zone que la population bruxelloise intéressée au développement locale. Anna Romano Metteuse en scène, créatrice de projet pour Forteresse ASBL au sein de Bridge City